Exemple général de lOctave, tant en montant quen descendant.

Comme la Basse-fondamentale nest mise au-dessous des autres Parties, que pour prouver que toute leur Harmonie est renfermée dans lAccord parfait & dans celuy de la Septiéme, sans sécarter de la progression naturelle à cette Basse, il ne faut point examiner si les Regles son observées dans la rigueur entre les Parties & cette Basse-fondamentale, mais seulement si lon y trouve dautres Accords que ceux qui sont chiffrez sue chaque Basse; car la suite des Sons ne se rapporte quà la Basse-Continuë, puisquil sagit à present dune progression diatonique dans la Basse.
I.° Après avoir remarqué dans la Basse-Continuë la même suite dAccords qui se trouvent d J à L, & de B à M, en montant à la Dominante ou à la Notte tonique, avec celle qui se trouve d N à K, & d O à U, en descendant sur la Dominante ou sur la Notte tonique; Vous devez juger de-là que tout se rapporte à lune de ces deux Nottes, qui sont les seules qui puissent porter naturellement lAccord parfait dans un Ton quelconque, en se souvenant que les [213] Nottes qui se trouvent une Tierce au-dessus, sont regardées comme leur Mediante, lorsque la Basse descend de celles-cy aux premieres, quoique la Mediante tonique soit toûjours telle, quelque route quelle tienne: Puis vous dites, cet Accord parfait ne peut être précédé dun Dissonant, sinon, de celuy qui le domine; ainsi vous voyez que les Accords de petite & de grande Sixte, de fausse-Quinte & de Tri-Ton, ne sont autres que ceux de la Septième des Nottes situées dans la Basse-fondamentale qui dominent naturellement celles qui les suivent. La petite Sixte de la seconde Notte; La fausse-Quinte de la sensible, & le Tri-Ton de la quatrième Notte dérivent de lAccord de la Septième de la Dominante tonique D, après laquelle suit immédiatement la Notte tonique; La grande Sixte de la quatriéme Notte, avec la petite Sixte de la sixieme Notte, derivent encore de lAccord de la Septiéme de la seconde Notte A & C, qui domine, en ce cas, la Dominante tonique, dont elle est suivie immédiatement après; & lAccord de Sixte que porte la Mediante, la sixiéme Notte, & la sensible ne leur est approprié, comme lon voit, que parce que ces Nottes se trouvent une Tierce au-dessus ou au-dessous de la Tonique & de la Dominante, où la progression de la Basse nous conduit immédiatement après.
2.° Il semble que la sixième Notte B devroit porter lAccord de la petite Sixte, conformément à celuy de la Septiéme que porte la Notte B qui est dans la Basse-fondamentale; mais nous en retranchons lun des Sons qui fait la dissonance, pour plusieurs raisons: La premiere, parce que cela est indifferent; La seconde, parce que la Notte qui suit dans la Basse étant la sensible, & formant par consequent la dissonance majeure (comme nous la verrons dans la suite) toute dissonance naimant point à être doublée, lon ne pourroit donner lAccord de la petite Sixte à la sixiéme Notte en pareil cas, sans faire descendre la Tierce de cette sixiéme Notte sur la même dissonance majeure; & la derniere raison est, que nôtre regle de faire lAccord de la Sixte sur toutes les Nottes qui précédent celles qui se trouvent une Tierce plus haut ou plus bas, portant lAccord parfait, y substiste toûjours.
3.° Si la quatriéme Notte R, ne se trouvoit point dans la Basse-Continuë, & quil y eût en sa place la seconde Notte A ou C, ou la sixiéme Notte T, immédiatement avant la Dominante L ou K, il faudroit ajoûter un Dieze à cette quatriéme Notte, comme nous lavons fait à S; parce que toute Notte où se fait lAccord parfait aime à être précédée de sa Notte sensible, à lexception des Tons mineurs, où la sixiéme Notte ne descend jamais que dun semi-Ton sur la Dominante, & où la Notte sensible de cette Dominante ne peut être pour lors entenduë, quelque Notte qui précéde cette Dominante dans [214] la Basse; car si elle étoit précédée de la Notte sensible, elle seroit Notte tonique, & le veritable Ton que lon traiteroit pour lors, ne pourroit se distinguer que par les Nottes qui suivroient cette Dominante; ce qui se découvre dans nôtre Exemple, où la Dominante peut être prise pour Notte tonique, ne paroissant pour ce quelle est que dans la Notte qui la suit; donc lAccord du Tri-Ton dérive de celuy de la Septiéme de cette même Dominante, qui se trouve au-dessous dans la Basse-fondamentale à D.
4.° La progression diatonique de la Basse-Continuë dérange celle des Parties à (F), à (G) & à (H); ce qui ne peut se faire autrement, soit pour éviter les deux Octaves ou Quintes consecutives, soit pour remettre una Partie dans sa portée naturelle & au-dessus de la Basse, soit pour faire entendre tous les Sons dont un Accord est composé.
Si les Parties superieurs doivent suivre une Progression diatonique, ce nest quautant que la Basse en suit une Consonante; & si celle-cy prend le change, les autres peuvent faire de même; dailleurs il est souvent bon de déranger lordre diatonique dune Partie quelconque, pour en diverisifier le Chant; lon pourroit même changer lordre & la progression des Parties qui sont au-dessus de la Basse- Continuë, sans tomber dans aucune faute; mais cela ne doit pas nous occuper encore.
5.° Il se trouve dans nôtre Exemple plusieurs Septiémes sans être preparées, ce qui contredit nôtre premiere Regle; mais ce nest pas icy le lieu den parler; attachons-nous seulement à suivre la progression déterminée aux Accords, selon lordre de cette Octave; & nous verrons dans la suite quaprès lAccord consonant, il est libre de passer où lon veut, en observant les regles de la Modulation.
6.° Lon trovera icy nôtre remarque du Livre précédent, où nous disons, que sil est permis de faire monter la Basse-fondamentale dun Ton ou dun semi-Ton, la progression dune Tierce & dune Quarte y est toûjours sous-entenduë, comme cela se voit entre les Nottes (Z), (Y) & (A) où la Notte (Y) est ajoutée; la Septiéme [de cette Notte] se trouvant préparée par la Quinte de la Notte (Z), & la Tierce préparant la Septiéme de la Notte (A), ce qui ne change point le fond des Accords; & lon y voit de plus, que la Notte (Y) retranche le Ton ou la [lintervalle du ton ou de la] Seconde qui se trouve entre les Nottes (Z) & (A) est formée des mêmes Nottes qui composent la Septiéme entre (A) & (X).