STORIA DELLE TEORIE MUSICALI

31 ottobre 2002



JEAN-PHILIPPE RAMEAU, Traité de l’harmonie, Paris, Ballard, 1722

Livre III, pp. 212-4

Exemple général de l’Octave, tant en montant qu’en descendant.

Comme la Basse-fondamentale n’est mise au-dessous des autres Parties, que pour prouver que toute leur Harmonie est renfermée dans l’Accord parfait & dans celuy de la Septiéme, sans s’écarter de la progression naturelle à cette Basse, il ne faut point examiner si les Regles son observées dans la rigueur entre les Parties & cette Basse-fondamentale, mais seulement si l’on y trouve d’autres Accords que ceux qui sont chiffrez sue chaque Basse; car la suite des Sons ne se rapporte qu’à la Basse-Continuë, puisqu’il s’agit à present d’une progression diatonique dans la Basse.
I.° Après avoir remarqué dans la Basse-Continuë la même suite d’Accords qui se trouvent d’ J à L, & de B à M, en montant à la Dominante ou à la Notte tonique, avec celle qui se trouve d’ N à K, & d’ O à U, en descendant sur la Dominante ou sur la Notte tonique; Vous devez juger de-là que tout se rapporte à l’une de ces deux Nottes, qui sont les seules qui puissent porter naturellement l’Accord parfait dans un Ton quelconque, en se souvenant que les [213] Nottes qui se trouvent une Tierce au-dessus, sont regardées comme leur Mediante, lorsque la Basse descend de celles-cy aux premieres, quoique la Mediante tonique soit toûjours telle, quelque route qu’elle tienne: Puis vous dites, cet Accord parfait ne peut être précédé d’un Dissonant, sinon, de celuy qui le domine; ainsi vous voyez que les Accords de petite & de grande Sixte, de fausse-Quinte & de Tri-Ton, ne sont autres que ceux de la Septième des Nottes situées dans la Basse-fondamentale qui dominent naturellement celles qui les suivent. La petite Sixte de la seconde Notte; La fausse-Quinte de la sensible, & le Tri-Ton de la quatrième Notte dérivent de l’Accord de la Septième de la Dominante tonique D, après laquelle suit immédiatement la Notte tonique; La grande Sixte de la quatriéme Notte, avec la petite Sixte de la sixieme Notte, derivent encore de l’Accord de la Septiéme de la seconde Notte A & C, qui domine, en ce cas, la Dominante tonique, dont elle est suivie immédiatement après; & l’Accord de Sixte que porte la Mediante, la sixiéme Notte, & la sensible ne leur est approprié, comme l’on voit, que parce que ces Nottes se trouvent une Tierce au-dessus ou au-dessous de la Tonique & de la Dominante, où la progression de la Basse nous conduit immédiatement après.
2.° Il semble que la sixième Notte B devroit porter l’Accord de la petite Sixte, conformément à celuy de la Septiéme que porte la Notte B qui est dans la Basse-fondamentale; mais nous en retranchons l’un des Sons qui fait la dissonance, pour plusieurs raisons: La premiere, parce que cela est indifferent; La seconde, parce que la Notte qui suit dans la Basse étant la sensible, & formant par consequent la dissonance majeure (comme nous la verrons dans la suite) toute dissonance n’aimant point à être doublée, l’on ne pourroit donner l’Accord de la petite Sixte à la sixiéme Notte en pareil cas, sans faire descendre la Tierce de cette sixiéme Notte sur la même dissonance majeure; & la derniere raison est, que nôtre regle de faire l’Accord de la Sixte sur toutes les Nottes qui précédent celles qui se trouvent une Tierce plus haut ou plus bas, portant l’Accord parfait, y substiste toûjours.
3.° Si la quatriéme Notte R, ne se trouvoit point dans la Basse-Continuë, & qu’il y eût en sa place la seconde Notte A ou C, ou la sixiéme Notte T, immédiatement avant la Dominante L ou K, il faudroit ajoûter un Dieze à cette quatriéme Notte, comme nous l’avons fait à S; parce que toute Notte où se fait l’Accord parfait aime à être précédée de sa Notte sensible, à l’exception des Tons mineurs, où la sixiéme Notte ne descend jamais que d’un semi-Ton sur la Dominante, & où la Notte sensible de cette Dominante ne peut être pour lors entenduë, quelque Notte qui précéde cette Dominante dans [214] la Basse; car si elle étoit précédée de la Notte sensible, elle seroit Notte tonique, & le veritable Ton que l’on traiteroit pour lors, ne pourroit se distinguer que par les Nottes qui suivroient cette Dominante; ce qui se découvre dans nôtre Exemple, où la Dominante peut être prise pour Notte tonique, ne paroissant pour ce qu’elle est que dans la Notte qui la suit; donc l’Accord du Tri-Ton dérive de celuy de la Septiéme de cette même Dominante, qui se trouve au-dessous dans la Basse-fondamentale à D.
4.° La progression diatonique de la Basse-Continuë dérange celle des Parties à (F), à (G) & à (H); ce qui ne peut se faire autrement, soit pour éviter les deux Octaves ou Quintes consecutives, soit pour remettre una Partie dans sa portée naturelle & au-dessus de la Basse, soit pour faire entendre tous les Sons dont un Accord est composé.
Si les Parties superieurs doivent suivre une Progression diatonique, ce n’est qu’autant que la Basse en suit une Consonante; & si celle-cy prend le change, les autres peuvent faire de même; d’ailleurs il est souvent bon de déranger l’ordre diatonique d’une Partie quelconque, pour en diverisifier le Chant; l’on pourroit même changer l’ordre & la progression des Parties qui sont au-dessus de la Basse- Continuë, sans tomber dans aucune faute; mais cela ne doit pas nous occuper encore.
5.° Il se trouve dans nôtre Exemple plusieurs Septiémes sans être preparées, ce qui contredit nôtre premiere Regle; mais ce n’est pas icy le lieu d’en parler; attachons-nous seulement à suivre la progression déterminée aux Accords, selon l’ordre de cette Octave; & nous verrons dans la suite qu’après l’Accord consonant, il est libre de passer où l’on veut, en observant les regles de la Modulation.
6.° L’on trovera icy nôtre remarque du Livre précédent, où nous disons, que s’il est permis de faire monter la Basse-fondamentale d’un Ton ou d’un semi-Ton, la progression d’une Tierce & d’une Quarte y est toûjours sous-entenduë, comme cela se voit entre les Nottes (Z), (Y) & (A) où la Notte (Y) est ajoutée; la Septiéme [de cette Notte] se trouvant préparée par la Quinte de la Notte (Z), & la Tierce préparant la Septiéme de la Notte (A), ce qui ne change point le fond des Accords; & l’on y voit de plus, que la Notte (Y) retranche le Ton ou la [l’intervalle du ton ou de la] Seconde qui se trouve entre les Nottes (Z) & (A) est formée des mêmes Nottes qui composent la Septiéme entre (A) & (X).