Storia delle teorie musicali

31 ottobre 2002

Jean-Philippe Rameau, Traité de l’harmonie, Paris, Ballard, 1722

Livre III, pp. 192-7

CHAPITRE SIXIÉME.

De l’Accord de la Septiéme.

ARTICLE PREMIER.

Supposé que l’on soit parvenu à une connoissance suffisante des Intervales consonans, dont l’Accord parfait & la progression de la Basse sont composez, il faut examiner à present le rapport que les Intervales ont ensemble; & sans faire attention à l’Octave, que l’on peut regarder comme une replique de la Basse representée par le nombre 1, l’on remarquera que l’Accord parfait est composé de trois Sons differens, dont la distance du premier au second est égale à celle du second au troisiéme, comme on le voit dans ces trois nombres 1 3 5, une Tierce d’1 à 3, & une autre de 3 à 5: Or pour avoir l’Accord de la Septiéme, il n’y a qu’à ajoûter à celuy-cy un autre Son dans la même proportion, ainsi 1 3 5 7 se trouvant encore une Tierce de 5 à 7 & ce dernier Accord n’étant different du parfait que dans la Septiéme qu’on y ajoûte.

   Cet Intervale ajoûté à l’Accord parfait étant dissonant, l’Accord où il a lieu est aussi appellé dissonant. On peut y joindre l’Octave, comme nous l’avons fait à l’Accord parfait, soit pour composer à cinq Parties, soit pour faciliter la progression diatonique aux parties superieures, où l’on remarquera que cette Octave prend souvent la place de la Quinte; ce qui est indifferent, n’y ayant pour cela qu’à laisser suivre aux parties leur cours naturel, qui est de proceder toûjours diatoniquement, soit que l’Octave ou la Quinte se rencontrent dans cet Accord de Septiéme: pour ce qui est de la Tierce, on ne peut guéres la separer de cet Accord.

   On ne pourra faire à present cet Accord de Septiéme que sur les Nottes de la Basse, qui seront précédées & suivies d’une Quarte en montant, ou d’une Quinte en descendant.

   L’Intervale dissonant de cet Accord, qui est la Septiéme; doit être preparée & sauvée par un Intervale consonant, c’est-à-dire, qu’il faut que la Notte qui fait la Septiéme contre la Basse, soit précédée & suivie d’une Tierce. La Tierce qui précéde ou qui prepare cette Septiéme, doit se trouver sur la même ligne de la Septiéme qui la suit; & la Tierce qui suit ou qui sauve cette Septiéme, doit toûjours se trouver en descendant diatoniquement après cette Septiéme.

   [193] Il faut faire ensorte que la premiere Septiéme soit entenduë dans le premier Temps d’une Mesure, & par consequent preparée dans le second Temps de la Mesure précédente, en se souvenant qu’on appelle premiere Septiéme, celle qui n’a pas été une Septiéme sur une Notte de la Basse, qui aura été précédée d’un Intervale de Quarte en montant, ou de Quinte en descendant; il faut que la Basse procede toûjours par de pareils Intervales jusqu’à la Notte tonique, qui est à present celle d’Ut, en donnant un Accord de Septiéme à chaque Notte, excepté à celles d’Ut & de Fa. On excepte la Notte Ut, parce que la Notte tonique ne peut substituer comme telle qu’avec l’Accord parfait; & l’on excepte la Notte Fa, parce que nous étant défendu de faire rencontrer dans la Basse la Notte Si, cette Notte Fa portant un Accord de Septiéme, seroit obligée de monter de Quarte, ou de descendre de Quinte sur cette Notte Si. La Notte Mi doit en être exceptée encore, puisqu’on ne pourroit luy donner un Accord de Septiéme, sans être précédée de la Notte Si, par rapport à la progression limitée à la Basse dans cet Accord, de sorte qu’on ne pourra pratiquer à present cet Accord de Septiéme que sur le Nottes La, Ré & Sol.

EXEMPLE.

[194] Dans les parties superieures l’on trouve toûjours la Septiéme entre deux 3, ainsi 3 7 3; & la premiere Septiéme est toûjours préparée dans le second temps ou par la seconde Notte d’une Mesure C.

   L’obligation où l’on se trouve de faire descendre la Septiéme sur la Tierce pour la sauver, dérange la progression de la Partie, qui, comme nous avons dit, doit monter de la Quinte à la Tierce, lorsque la Basse monte de Quarte; mais comme cette Partie peut descendre aussi sur l’Octave, il faut absolument luy donner cette progression, lorsque la Septiéme s’y rencontre; parce que celle-cy doit descendre d’obligation sur la Tierce; ne pouvant donc changer la progression de la Septiéme, il faut changer celle de la Quinte A, suivant ce que nous avons dit cy-devant, que l’on étoit obligé de faire entrer quelquefois l’Octave au lieu de la Quinte dans l’Accord de la Septiéme, par rapport à la progression diatonique des parties superieures; & au Chapitre IV. que lorsque deux Parties se rencontroient sur une même Notte, il falloit changer celle de la partie qui peut former l’un des trois Intervales de l’Accord, soit en montant, soit en descendant.

   Cette même Partie qui a fait la Quinte, peut faire encore une autre Quinte, pourvû qu’en cet endroit sa progression & celle de la Basse soient renversées, comme il a été dit au Chapitre précédent; ce qui se fait pour rendre les Accords plus complets, ou pour remettre les parties dans leur portée naturelle, ou encore par rapport au beau-Chant. Voyez le Guidon B. qui marque l’Octave que nous avons évitée dans cet endroit, parce qu’elle se trouve dans une autre partie L. quoique cela dépende du bon goût du Compositeur lorsqu’il se laisse conduire par le Chant, plûtôt que par l’Harmonie.

ARTICLE SECOND.

   La Septiéme qui est la premiere, & pour ainsi dire, le principe de toutes les Dissonances, peut être préparée & sauvée de toutes les consonances; mais comme les differentes manieres de la sauver dérivent de la précédente, nous n’en parlerons pas encore; nous dirons seulement qu’elle peut être préparée encore par la Quinte & par l’Octave; de sorte que la Basse doit descendre pour lors de Tierce, pour faire entendre la Septiéme préparée par la Quinte, & monter diatoniquement, pour faire entendre cette Septiéme préparée par l’Octave, en remarquant que toutes les Parties superieurs descendent lorsque cette Basse monte diatoniquement, excepté la partie qui fait la Septiéme, & qui reste sur le même degré, comme cela se doit, pour descendre ensuite sur la Tierce.

   [195] La Septiéme peut être encore préparée de la Sixte; mais il n’est pas temps d’en parler, parce qu’il ne s’agit icy que de l’Harmonie fondamentale, qui, comme l’on voit, n’est composée que de la Basse, de sa Tierce, de sa Quinte & de sa Septiéme, ainsi 1. 3. 5. 7.

   Remarquez que la progression que nous avons prescrite à la Basse pour les Accords de Septiéme, Article premier, ne perut changer qu’à l’égard de la premiere Septiéme, & que ce n’est qu’en ce cas que cette Septiéme peut être préparée de l’Octave ou de la Quinte; car après la premiere Septiéme, on trouvera toûjours cette Septiéme entre deux 3. & de quelque maniere qu’elle soit préparée, elle sera toûjours sauvée de la Tierce.

EXEMPLE

[196]

   L’on voit que l’on peut faire à present des Septiémes sur les quatre Nottes Mi, La, Ré & Sol, par la liberté que l’on a de faire descendre la Basse de Tierce, pour preparer la Septiéme par la Quinte, ou de la faire monter d’une Seconde, pour préparer la Septiéme par l’Octave. Nous trouvons icy deux Parties qui montent ensemble d’une Octave (C), ce qui peut se faire pour remettre les parties dans leur portée naturelle, pourvû que ces parties entre-elles ne fassent pas entendre deux Quintes ni deux Octaves consecutives, car ce que nous avons dit d’une partie par rapport à la Basse, doit s’entendre aussi de deux parties prises à part, n’en ayant pas fait mention, parce que leur disposition présente, nous dispense de faire cette attention.

   Si deux Parties peuvent monter d’une Octave, à plus forte raison une seule partie peut le faire, comme on le voit à la Basse (J) au lieu de rester sur le même degré; cependant une partie superieure ne pourroit pas en faire autant dans un endroit où la dissonance se trouveroit preparée, & elle doit rester, en ce cas, sur le même degré.

   [197] Il ne faut pas faire encore attention au Dieze que nous avons mis au Fa, n’étant pas necessaire que les Commençans se servent de Diezes ni de B-mols qu’ils n’en sçachent davantage.

   Si la Basse excéde son étenduë, & si la Taille se trouve au-dessus de la Haute-Contre, c’est parce que nous n’avons pas voulu déranger l’ordre diatonique des parties superieures, auquel nous devons nous assujettir, principalement icy.

   Nous n’avons plus rien à dire qui ne dépende de ces premiers Principes; plus on les possedera, moins on aura de difficulté à entendre le reste.