| RECHERCHE | Accueil | Mises en garde | Documentation | ATILF | ARTFL | Courriel |
Page 10:671
S'il n'y avoit qu'une différence légere & superficielle, si l'objet ne frappoit pas avec étonnement, on ne donneroit pas le nom de monstre à l'animal où elle se trouveroit.
Les uns ont trop ou n'ont pas assez de certaines parties; tels
sont les monstres à deux têtes, ceux qui sont sans bras,
sans
piés; d'autres pechent par la conformation extraordinaire, &
bisarre par la grandeur disproportionnée, par le dérangement consi<cb->
dérable d'une ou de plusieurs de leurs parties, & par la place
singuliere que ce dérangement leur fait souvent occuper; d'autres enfin
ou par l'union de quelques parties qui, suivant l'ordre de la nature
& pour l'exécution de leurs fonctions, doivent toujours être
sépares,
ou par la désunion de quelques autres parties qui, suivant le même
ordre & pour les mêmes raisons, ne doivent jamais cesser d'être
unies.
On trouve dans les mémoires de l'académie des Sciences une longue dispute entre deux hommes célebres, qui à la maniere dont on combattoit, n'auroit jamais eté terminee sans la mort d'un des combattans; la question étoit sur les monstres. Dans toutes les especes on voit souvent naître des animaux contrefaits, des animaux à qui il manque quelques parties ou qui ont quelques parties de trop. Les deux anatomistes convenoient du système des oeufs, mais l'un vouloit que les monstres ne fussent jamais que l'effet de quelqu'accident arrivé aux oeufs: l'autre prétendoit qu'il y avoit des oeufs originairement monstrueux, qui contenoient des monstres aussi bien formés que les autres oeufs contenoient des animaux parfaits.
L'un expliquoit assez clairement comment les désordres arrivés dans les oeufs faisoient naître des monstres; il suffisoit que quelques parties dans le tems de leur mollesse eussent été détruites dans l'oeuf par quelqu'accident, pour qu'il naquît un monstre par défaut à un enfant mutilé; l'union ou la confusion des deux oeufs ou de deux germes d'un même oeuf produisoit les monstres par excès, les enfans qui naissent avec des parties superflues. Le premier degré des monstres seroit deux gemeaux simplement adherens l'un à l'autre, comme on a vû quelquefois. Dans ceux-là aucune partie principale des oeufs n'auroit été détruite. Quelques parties superficielles des foetus déchirées dans quelques endroits & reprises l'une avec l'autre, auroient causé l'adhérence des deux corps. Les monstres à deux têtes sur un seul corps ou à deux corps sous une seule tête ne différeroient des premiers que parce que plus de parties dans l'un des oeufs auroient été détruites: dans l'un, toutes celles qui formoient un des corps, dans l'autre, celles qui formoient une des têtes. Enfin un enfant qui a un doigt de trop est un monstre composé de deux oeufs, dans l'un desquelles toutes les parties excepté ce doigt ont été détruites. L'adversaire, plus anatomiste que raisonneur, sans se laisser éblouir d'une espece de lumiere que ce système repand, n'objectoit à cela que des monstres dont il avoit lui - même disséqué la plûpart, & dans lesquels il avoit trouvé des monstruosités qui lui paroissoient inexplicables par aucun désordre accidentel.
Les raisonnemens de l'un tenterent d'expliquer ces désordres; les monstres de l'autre se multiplierent. A chaque raison que M. Lemery alléguoit, c'etoit toujours quelque nouveau monstre à combattre que lui produisoit M. Winslow.
Enfin on en vint aux raisons métaphysiques. L'un trouvoit du scandale, à penser que Dieu eût créé des germes originairement monstrueux: l'autre croyoit que c'étoit limiter la puissance de Dieu, que de la restraindre à une régularité & une uniformité très grande.
Ceux qui voudroient voir ce qui a été dit sur cette dispute, le trouveroient dans les mémoires de l'académie, Mém. de l'acad. royale des Sciences, années 1724, 1733, 1734, 1738 & 1740.
Un fameux auteur danois a eu une autre opinion sur les monstres;
il en attribuoit la production aux cometes. C'est une chose curieuse,
mais bien honteuse pour l'esprit humain, que de voir ce grand médecin
traiter les cometes comme des abscès du ciel,
Page 10:672
& prescrire un régime pour se préserver de leur contagion, Recherches phys.
The Project for American and French Research on the Treasury of the French Language (ARTFL) is a cooperative enterprise of Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française (ATILF) of the Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), the Division of the Humanities, the Division of the Social Sciences, and Electronic Text Services (ETS) of the University of Chicago.